
Le paysage du féminisme est vaste, dynamique et reflète la diversité des expériences et des perspectives des femmes à travers le monde. De ce fait, le féminisme ne se limite pas à un seul courant, mais plutôt à une mosaïque d’approches et de courant qui convergent vers un objectif commun : l’égalité des sexes. Dans cet article nous explorerons trois grandes tendances qui ont marqué l’éventail des courants politiques du féminisme à ses débuts : le courant libéral égalitaire, le courant marxiste et socialiste, et le courant radical. Ces orientations majeures de la pensée féministe demeurent aujourd’hui des références essentielles, constituant un socle commun à partir duquel on peut appréhender l’évolution de la pensée féministe.
Le courant libéral égalitaire
Le féminisme libéral égalitaire, également connu sous le nom de féminisme réformiste ou féminisme des droits égaux, puise ses origines directes dans l’esprit de la Révolution française. Il fusionne la philosophie libérale et le capitalisme. Les piliers fondamentaux de sa lutte reposent sur la promotion de la liberté individuelle et de l’égalité des droits. Ce courant revendique l’égalité entre les sexes, notamment en ce qui concerne l’accès à l’éducation, les opportunités professionnelles et les salaires sur le marché du travail, ainsi que dans le domaine législatif, englobant les lois civiles (capacité juridique totale) et l’égalité politique (comme le droit de vote). L’objectif ultime est de garantir aux femmes une participation complète à la société, sur un pied d’égalité avec les hommes.
Cette quête d’égalité repose sur la conviction en la possibilité de perfectionner la société capitaliste par des réformes. Cependant, le défi réside dans son incapacité manifeste à répondre aux besoins des femmes, qui sont confrontées à une discrimination sociale, politique et économique flagrante au sein de ce système. Cette discrimination découle de la socialisation différenciée des femmes, marquée par des préjugés, des stéréotypes, des mentalités et des valeurs dépassées. Les manifestations de cette discrimination se manifestent dans divers secteurs tels que l’éducation, le monde du travail, les professions, les institutions religieuses, les partis politiques, le gouvernement, le système judiciaire, les syndicats, la famille, affectant pratiquement tous les aspects de la société.
Pour contrer efficacement cette discrimination envers les femmes, l’éducation non sexiste émerge comme le moyen privilégié. Cela implique une refonte de la socialisation des femmes par l’adoption d’une approche différente. Le changement des mentalités est la clé pour transformer la société. Un autre moyen efficace consiste à exercer des pressions pour modifier les lois discriminatoires. Ces pressions peuvent se manifester de différentes manières, notamment par la sensibilisation du public, la formation de coalitions en faveur de certaines revendications, le lobbying, etc. Il est important de souligner que le féminisme libéral égalitaire est positionné comme un courant modéré au sein du mouvement féministe.
Le courant marxiste et socialiste
Les marxistes féministes orthodoxes attribuent l’exploitation des deux sexes à l’organisation économique, à savoir le capitalisme. Selon leur perspective, l’oppression des femmes trouve ses racines historiques avec l’avènement de la propriété privée. Cette période, selon Engels, symbolise « la grande défaite historique du sexe féminin », coïncidant avec l’émergence d’une société divisée en classes et l’avènement du capitalisme.
Selon les feministes marxistes orthodoxes, la justification de l’institution du mariage monogamique réside dans la nécessité de transmettre les propriétés par l’héritage et d’assurer la descendance. En conséquence, les femmes se retrouvent sous le contrôle des maris, reléguées à la sphère privée de la famille, exclues de la production sociale, ce qui constitue la source de leur oppression. Pour ces penseurs, le principal adversaire est le système économique et la division sexuée du travail qu’il instaure. Le patriarcat est considéré comme un produit du capitalisme, une « ideologie » destinée à disparaître avec le renversement du capitalisme. Ils soutiennent que l’oppression des femmes est étroitement liée aux formes d’exploitation capitaliste du travail, avec le lieu d’exploitation situé dans le monde du travail et l’économie.
La stratégie de changement préconisée par les marxistes féministes orthodoxes vise à réintégrer les femmes dans la production sociale, au sein du marché du travail salarié, et à les impliquer dans la lutte des classes pour abolir le capitalisme. Contrairement à la lutte féministe autonome, cette approche est critiquée pour disperser les forces en luttant « contre les hommes ». Toutefois, ils reconnaissent la nécessité de réformes visant à améliorer la condition des femmes, mais estiment qu’elles doivent mettre en lumière les contradictions du système et la profondeur de la subordination des femmes.
En opposition à la lutte autonome des femmes et au féminisme, les marxistes orthodoxes considèrent généralement le féminisme comme un mouvement « individualiste bourgeois », contraire aux intérêts de la classe ouvrière.
En contraste avec les marxistes orthodoxes, les féministes socialistes accordent une égale importance aux dimensions du sexe (patriarcat) et des classes sociales (capitalisme) dans leur analyse de l’oppression des femmes. Elles cherchent à comprendre comment le patriarcat s’articule avec le capitalisme et identifient ainsi deux systèmes d’oppression des femmes : le patriarcat et le capitalisme.
Le courant radical
Le féminisme radical se distingue par sa volonté d’explorer les racines profondes du système responsable de la subordination des femmes. Contrairement aux approches libérale et marxiste, ce courant rejette le réformisme libéral en raison de sa superficialité dans l’analyse de la discrimination des femmes, ainsi que le marxisme pour son incapacité à concevoir les femmes en dehors de la classe de leur mari et son fonctionnement jugé « machiste. Selon lui, l’oppression des femmes est fondamentale, irréductible à toute autre oppression, et traverse toutes les sociétés, « races » et classes. C’est le patriarcat qui explique la domination des hommes sur les femmes. Il prend alors une place première chez les radicales.
Le patriarcat se manifeste initialement par le contrôle du corps des femmes, en particulier par le contrôle de la maternité et de la sexualité. Il s’exprime d’abord dans la famille et le domaine de la reproduction, mais aussi à tous les niveaux de la société (politique, économique, juridique) et dans les représentations sociales. Le patriarcat crée ainsi un système social des sexes, générant la culture masculine dominante et la culture féminine dominée.
Les stratégies de changement du féminisme radical visent essentiellement le renversement du patriarcat. Cela implique la réappropriation par les femmes du contrôle de leur propre corps. Les stratégies vont de la création d’une culture féminine « alternative » à des initiatives plus radicales telles que le séparatisme (la vie entre lesbiennes ou femmes uniquement) et des actions directes contre le patriarcat (manifestations contre la pornographie, les concours de beauté, les mutilations sexuelles, etc )
Les divers courants du féminismeproposent des approches variées pour comprendre et combattre l’oppression des femmes. Chacun met en avant des stratégies distinctes, de la réforme au renversement radical des systèmes existants. Cependant, de ces courants et de leurs lacunes émergeront inévitablement de nouveaux courants, reflétant les critiques et les évolutions constantes au sein du mouvement féministe. Cela témoigne de la complexité de la lutte pour l’égalité des sexes et souligne l’importance d’une réflexion continue et de discussions constructives pour progresser vers une société plus équitable.
Thara Layna Marucheka Saint Hilaire
SOURCE
- REED, Evelyn . « Les femmes, caste, classe, ou sexe opprimé ? », Partisans, 57, janvier-février 1971
- ENGELS, Frederich, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, Paris,Editions sociales, 1954
- MILLET, Kate, La politique du mâle. Paris, Stock, 1971.
- FIRESTONE, Shulamith , La dialectique du sexe, Paris, Stock, 1972.
- TOUPIN, Louise , Les courants de pensée féministe, Quebec , 1998.


Une réponse à « Comprendre les Multiples Courants qui Redessinent la lutte pour l’Égalité des Sexes (Partie 1) »
Très instructif, merci et Félicitations!