Une jeune femme tenant un produit d'hygiène menstruelle, se tenant devant des abris en toile dans un camp de réfugiés.

En Haïti, la précarité menstruelle fragilise gravement la santé et la dignité de milliers de femmes et de filles, une situation alarmante exacerbée par la violence des gangs et l’inaction des autorités. Face à ce fléau, l’organisation RÈG tire la sonnette d’alarme : privée d’accès aux produits d’hygiène les plus basiques, une large partie de la population féminine, notamment les déplacées, s’expose aujourd’hui à des infections graves. Au-delà de l’urgence sanitaire, les militantes plaident pour une prise de conscience étatique afin de transformer l’accès aux protections périodiques en un droit fondamental et un levier d’égalité.

« La gratuité des produits d’hygiène menstruel dans les écoles, centre de santé et espaces publics serait un grand pas vers une amélioration de l’éducation, la santé, la dignité et des femmes et des filles. C’est un investissement dans l’égalité. »

Marie Michma Edmé
( Membre du conseil executif de règ)

En Haïti la précarité menstruelle affecte la population féminine de façon quasi générale bien qu’aucun pourcentage précis ne soit donné à l’échelle nationale elle n’en reste pas moins un fléau des plus tragiques. Directement liée à la pauvreté structurelle, la précarité menstruelle porte atteinte à l’éducation, la santé et la dignité des femmes. C’est un problème majeure cependant négligé. Marie Michma Edmé de RÈG, une organisation œuvrant dans ce domaine, nous explique: « Jusqu’à aujourd’hui il n’existe en Haïti aucune structure étatique traitant la question de la précarité menstruelle et ce n’est pas intégré dans les politiques publiques. Il y’a certes des initiatives de la part du MSPP ou d’autres institutions mais ces initiatives sont limitées, ne sont pas coordonnées et dépendent du support de partenaires internationaux. »

Aggravée par la violence de gangs armés, la précarité menstruelle devient un handicap pour certains groupes de femmes. En effet plus de la moitié des femmes réfugiées dans les centres de déplacés n’ont pas accès aux produits d’hygiène de base. De ce fait, elles utilisent des méthodes précaires qui entraînent de nombreuses maladies, dont de graves infections génitales. À cela Michma nous dit : « La réalité sur l’hygiène menstruelle des femmes et filles est plutôt grave. Nos observations faites sur le terrain prouvent que nombreuses d’entre elles souffrent d’infections vaginales, d’irritations graves et parfois d’autres complications. Elles sont livrées à elles même sans aucune information et produits d’hygiène appropriée. »

Une femme parlant dans un microphone pendant un événement, avec un panneau contenant un message sur le don de sang en arrière-plan.

L’achat de serviettes hygiéniques est un luxe que malheureusement toutes femmes ne peut se permettre. Sachant comment la féminisation de la pauvreté, les inégalités au niveau des revenus limitent l’autonomie financière des femmes, la gratuité des serviettes hygiéniques serait alors pour elles un énorme soulagement tant sur le plan sanitaire, économique, qu’émotionnelle. Michma soutient cette idée et déclare: « La gratuité des produits d’hygiène menstruel dans les écoles, centre de santé et espaces publics serait un grand pas vers une amélioration de l’éducation, la santé, la dignité et des femmes et des filles. C’est un investissement dans l’égalité. »

Malheureusement, il existe peu d’institutions livrant véritablement bataille contre la précarité menstruelle en Haïti. Parmi le peu existant il y’a RÈG qui tant bien que mal milite pour le respect des droits menstruels des femmes et des filles dans le pays. À cela Michma nous explique: « Notre combat sur la question est complet. Nous ne nous contentons pas de distribuer des produits d’hygiène menstruelle car nous savons que le problème est plus profond que ça. Nous essayons de travailler sur des points comme: la sensibilisation pour briser les tabous autour des règles, l’éducation pour former les femmes et filles sur comment connaître et prendre soin de leurs corps pendant leurs règles, les plaidoyers avec nos partenaires pour forcer la main aux institutions étatiques . »

Il faut constater combien il est important d’éduquer et de créer des cellules pour la prise en charge des femmes en situation de précarité menstruelle comme il en est le cas dans de nombreux pays. « Les règles ne sont pas un choix mais une fonction biologique naturelle. La honte et les discriminations qui lui sont associés doivent cesser. La dignité menstruelle est un droit. De ce fait l’État doit être en mesure de mettre à disposition les ressources nécessaires pour la sûreté de cette dignité au moins pour les groupes les plus vulnérables. Chaque femme et chaque fille doit être capable de gérer ses règles sans barrière économique, honte ou discrimination ». Conclu Michma.

Betsheinda DUCLERVIL



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