Illustration d'une femme en lingerie rose, posant avec confiance, entourée de fleurs colorées.

Le sang menstruel est historiquement associé à l’impureté par les religions patriarcales. Une analyse comparative avec le vodou haïtien révèle des perspectives différentes où les règles symbolisent une période de puissance spirituelle. La persistance de certains contrôles sur le corps des personnes menstruées demeure une réalité.

Étiqueté comme dangereux, sale et impur dans de nombreuses croyances et mythes anciens, le patriarcat a fait des règles un sujet tabou. Le sang menstruel fut reconnu tardivement comme un processus biologique naturel après avoir été associé durant plusieurs siècles à des maladies ou des punitions divines. Cette reconnaissance scientifique n’a pas révoqué certaines lois dites divines. Dans des religions comme l’islam, le christianisme ou l’hindouisme, les personnes ayant leurs règles sont encore considérées comme impures. Les institutions religieuses interdisent souvent de prier ou de toucher des textes sacrés lors des menstruations.

Dans l’Antiquité romaine, certaines croyances attribuaient au sang menstruel des propriétés néfastes. Pline l’Ancienaffirme dans Histoire naturelle que le contact d’une femme menstruée peut faire flétrir les plantes, altérer le vin ou corroder des matériaux. Ces idées s’inscrivent dans une vision médicale héritée de Hippocrate, où les menstruations sont perçues comme un excès à évacuer dans un corps féminin jugé instable.

Dans la Sourate Al Baqarah 2:22 du Coran, les menstruations sont qualifiées de Adha, terme signifiant mal, tort ou nuisance. Le livre du Lévitique 15:19 à 30 détaille des prescriptions sur l’impureté des règles et l’isolement de la personne menstruée pour le respect de la sainteté divine.

« Selon certains anciens ( dans le vodou), la période des menstruations est celle où la femme est super puissante. Il existe des remèdes faits à base de ce sang, des bains purificateurs et des tas d’autres choses que je ne peux malheureusement pas révéler. »

Bethina Alavarez

Les croyances liées à la nature comme le vodou proposent d’autres perspectives. Le vodou est une tradition orale sans texte sacré central. Les pratiques varient selon les habitations ou lakou. Anayiz Pyepoudre explique qu’il n’y a pas de restriction stricte envers les menstruations dans le vodou. Elle précise que les pratiquantes restent discrètes sur le sujet. Il existe des lakou interdisant de pénétrer dans la demeure des lwa lors des menstruations.

Une illustration d'une femme allongée sur une serviette, portant un maillot de bain rouge, entourée de fleurs sur fond rose.

Le sang des règles dans les rituels vodou

« Lors des règles, le pouvoir et les forces énergétiques des femmes sont amplifiés et leur sang peut être utilisé pour des rituels ayant pour but d’attirer la chance, etc. »

Anayiz Pyepoudre

Bethina Alvarez, une prêtresse vodou, souligne que, selon certains anciens, la période des menstruations symbolise un moment de puissance exceptionnelle. Des remèdes, des bains purificateurs et diverses préparations secrètes sont élaborés à partir de ce sang. Anayis Pyepoudre complète en affirmant que le pouvoir et les forces énergétiques des personnes menstruées sont intensifiés. Leur sang peut ainsi être utilisé lors de rituels destinés à attirer la chance.

La question de la capacité des prêtresses à présider les cérémonies durant leurs menstruations est un sujet de débat. Pyepoudre affirme que, au contraire, cette période intensifie leur énergie. Ainsi, elles sont pleinement capable de mener les cérémonies. Cependant, il existe des lieux où cela est prohibé. Pyepoudre conseille de privilégier le repos, la méditation, les bains et les tisanes pour faciliter l’acclimatation aux changements physiques du corps.

Cet isolement n’implique pas un mépris des divinités. Au contraire, ces entités s’unissent aux personnes menstruées. Les divinités du panthéon vodou n’expriment pas de rejet du sang menstruel. Une pratiquante anonyme relate avoir assisté à une cérémonie en l’honneur d’Ogou Feray pendant son cycle. Elle croyait que l’entité ne viendrait pas à elle. Cependant, le lendemain, elle a découvert que l’entité l’avait chevauchée et avait ordonné à une femme de l’habitation de lui préparer un bain chaud et une tisane avec du rhum pour soulager ses crampes.

L’éducation sur les règles du vodou s’appuie sur une riche tradition de transmission orale. Les mères partagent les principes élaborés par les ancêtres des habitations, veillant à ce que ces savoirs se perpétuent. Le soin apporté aux femmes pendant leurs menstruations est également transmis avec la même rigueur. Bethina Alvarez souligne qu’elles sont traitées avec une attention particulière, leurs douleurs ne sont ni minimisées ni considérées comme une punition. Pour les soulager, des tisanes à base de feuilles et d’écorce sont préparées avec soin. Pyepoudre souligne que les femmes bénéficient d’un excellent soin, en affirmant que le vodou incarne le partage et la solidarité.

Le vodou aborde le sujet des menstruations d’une manière unique, en se distinguant des autres dogmes. Malgré cela, certains tabous demeurent. Les restrictions imposées aux corps menstrués sont des constructions du système patriarcal, entraînant une stigmatisation qui contrôle et marginalise les individus, les excluant ainsi de la sphère sociale et religieuse. Ce contrôle se perpétue au sein des institutions religieuses, renforçant les croyances néfastes autour des menstruations. En brisant le silence sur les règles, nous pouvons non seulement lever ces tabous, mais aussi rétablir une compréhension autonome et positive de ce processus biologique naturel, ouvrant ainsi la voie à une reconnaissance et un respect des expériences menstruelles dans toutes leurs dimensions.

Betsheinda Duclervil



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