Dans une Amérique raciste, sexiste et oppressante, une petite fille de Wichita tente de se frayer un chemin. Obstinée, déterminée et surtout très talentueuse, elle défiera les barrières de son époque pour inscrire son nom dans l’histoire du cinéma.
Des débuts difficiles
Née le 10 juin 1895 à Wichita dans une famille de cinq enfants, Hattie McDaniel abandonne très tôt ses études secondaires pour rejoindre la troupe de théâtre de son frère, The Mighty Minstrels. En 1911, elle se lance dans la création de spectacles exclusivement féminins. Toutefois, ces productions ne lui apportent pas la reconnaissance qu’elle espère.
Au début des années 1920, la chance semble enfin lui sourire. Elle obtient l’opportunité de chanter pour la première fois à la radio avec les Melody Hounds, ce qui lui permet de se faire connaître. Cependant, le krach boursier de 1929 met un frein brutal à sa carrière. Contrainte de reprendre son travail de serveuse et de plongeuse, elle met temporairement de côté son rêve de gloire.
Une percée à Hollywood
En 1931, son frère Sam lui décroche un rôle dans une chronique radiophonique où elle interprète une domestique turbulente. Ce personnage lui vaut une immense popularité.
Mais c’est en 1939 que Hattie McDaniel entre véritablement dans l’histoire. Elle incarne Mammy, la servante de l’héroïne du film Autant en emporte le vent, un immense succès au box-office. Pourtant, elle est interdite d’assister à la grande première au Fox Theatre d’Atlanta, réservé aux Blancs.
En 1941, à l’âge de 40 ans, elle devient la première femme afro-américaine nominée aux Oscars pour un second rôle. On lui accorde la “faveur” d’assister à la cérémonie, mais elle est reléguée à une table isolée, loin des autres invités blancs.
Un parcours semé d’embûches
Après son Oscar, elle revient à la radio et devient la première actrice noire à tenir un rôle principal dans une série télévisée américaine, The Beulah Show, où elle remplace un acteur blanc.
Malgré son immense talent, sa carrière reste entravée par les préjugés de l’époque. Sur plus de 300 apparitions à l’écran, elle n’est créditée que pour 80 rôles, dont 74 sont des rôles de domestique. Jugée inapte aux grands rôles d’Hollywood parce qu’elle était femme, noire et perçue comme non conforme aux standards de beauté de l’époque, elle se voit cantonnée à des personnages secondaires.
Pourtant, Hattie McDaniel parvient à se faire un nom dans une industrie ségrégationniste, brisant des barrières pour les générations suivantes.
Un héritage inestimable
Hattie McDaniel meurt en 1952 des suites d’un cancer du sein. Son dernier souhait, être enterré au cimetière d’Hollywood, lui est refusé car l’endroit est réservé aux Blancs.
Aujourd’hui, elle possède deux étoiles sur le Walk of Fame d’Hollywood, l’une pour sa carrière radiophonique et l’autre pour son travail au cinéma. En 1975, elle est ajoutée à titre posthume au Black Filmmakers Hall of Fame en reconnaissance de son impact.
Son Oscar, remis pour un film longtemps critiqué comme une glorification du Sud esclavagiste et sécessionniste, continue d’alimenter les débats sur la représentation des Noirs à Hollywood. L’œuvre, bien que l’une des plus populaires de l’histoire du cinéma, a été retirée de plusieurs plateformes pour son traitement controversé de l’esclavage.
Malgré les humiliations subies à Hollywood, Hattie McDaniel reste une icône incontournable. Son parcours inspire encore aujourd’hui, et en 2006, elle devient la première actrice noire oscarisée à figurer sur un timbre-poste américain.
BETSHEINDA Duclervil

