
Les féministes Sabine Lamour et Danièle Magloire reviennent sur le contexte de naissance et les actions menées par la Ligue féminine d’Action sociale, la première organisation féministe et de son instigatrice Madeleine Sylvain Bouchereau, le mardi 15 mars dernier lors d’une conférence tenue dans les locaux de l’organisation féministe Kay Fanm, s’inscrivant dans le cadre d’une série d’activités allant du 8 mars au 3 avril 2022.
« Madeleine Sylvain Boucherau est née au tout début du 20e siècle dans un contexte politique national et international où il y avait beaucoup de mutations », a rappelé la sociologue féministe Sabine Lamour lors de son intervention autour des premiers moments qui ont jalonné la vie de la Ligue féminine d’Action sociale. « La participation des femmes dans les luttes politiques à cette époque était une réalité et n’avait rien d’étrange durant la période de sa naissance ».
La ligue féminine d’action sociale a vu le jour officiellement en avril 1934. L’idée de la fondation de cette structure est venue avec Madeleine Sylvain Bouchereau, en février de la même année. Elle était accompagnée de plusieurs autres femmes, dont la journaliste Yvonne Hakim Rimpel. Formée dans le but de faire respecter le droit fondamental des femmes, la structure féminine entreprit diverses activités sociopolitiques. Parmi lesquelles, citons la lutte pour l’exercice intégral des droits civils et politiques des femmes.
La ligue avait soutenu que l’avenir du pays dépendait de l’égalité qu’il y aura entre les hommes et les femmes et Madeleine avait fait de la participation politique des femmes son combat de cœur. La ligue futdivisée pour se réformer le 15 mai 1934 avec Madeleine comme présidente. En plus de son texte « Haïti et ses femmes » l’instigatrice de la première structure à caractère féministe en Haïti nous a laissé plusieurs autres textes comme héritage.
« Quand quelqu’un visualise les mouvements sociaux, il ne faut pas les juger avec les mêmes regards d’aujourd’hui, parce que le développement de la conscience collective chez une personne se fait au fur et à mesure », confie Danièle Magloire, la défenseuse des droits humains au cours de sa présentation de la Ligue féminine d’action sociale.
Le fameux procès contre l’État haïtien
En décembre 1950, date de la promulgation de la Constitution, aucun changement ne fut apporté au statut civil des femmes. Par ailleurs, la loi électorale du 21 juillet 1954 modifiée en octobre 1954 et octobre 1956 stipule en son article premier que tous les Haïtiens.nes sans distinction de sexe sont électeurs.La commune de Port-au-Prince outrepasse ses pouvoirs en sortant l’arrêté du 15 novembre 1956 qui prive les femmes du droit acquis, invitant seulement les citoyens mâles de la commune jouissant de la capacité électorale à participer aux prochaines élections sénatoriales.
C’est donc suite à cela que la ligue féminine d’action sociale intenta un procès à l’administration de la commune de Port-au-Prince, dans le but de réclamer l’exercice intégral de leur droit politique reconnu par la Constitution. D’après la représentante de Kay Fanm, la Ligue a pris un coup au début du régime duvaliéristequi a détruit ses locaux et l’une des premières victimes de Duvalier fut Yvonne Hakim Rimpel, l’une des dirigeantes de la ligue. La journaliste était parmi les gens qui dénoncent les excès et prévoyaient la dictature de Duvalier. Elle a été battue, violée et laissée pour morte dans un fossé.
Une série d’activités autour des femmes
« Tout le monde organise des activités autour du 8 mars, mais nous, on profite de l’occasion pour réfléchir, discuter, permettre aux jeunes de s’impliquer beaucoup plus afin que la relève soit bien assurée », apour sa part déclaré, la coordonnatrice de Kay Fanm, Yolette Jeanty. Plusieurs jeunes femmes et organismes de défense et de promotion des droits des femmes ont pris part dans cette activité hybride – mi-présentielle, mi-virtuelle.
« Je suis très heureuse d’avoir participé à cette activité. Et ce fût ma toute première fois. J’espère que d’autres jeunes femmes auront la possibilité de profiter de ce genre de conférences », avoue la présidente de l’association des femmes de l’université des Caraïbes, Madeline Joseph. Cette série d’activités, lancée le 8 mars dernier, prendra fin le 3 avril prochain, date de la journée nationale des droits de la femme.
*** Kay Fanm est une organisation haïtienne de promotion et de défense des droits des femmes ayant vu le jour le 13 juillet 1984.
Thara Lajoie


One response to “Retour sur les combats menés par la ‘’Ligue Féminine d’Action Sociale’’, la 1ere organisation féministe d’Haïti”
Super comme travail